Il est comment le livre de Rama Yade, « Anthologie regrettable du machisme en politique » ?

Livre Rama Yade

Rama Yade soulève une problématique brulante en publiant cette année son livre « Anthologie regrettable du machisme en politique » aux Editions du Moment. Ancienne Secrétaire d’Etat chargée des Affaires Etrangères et des Droits de l’homme puis des Sports sous le gouvernement de François Fillon, elle est aujourd’hui Conseillère régionale d’Ile de France du parti radical-UDI.

« Un ministère de la Condition féminine ?
Et pourquoi pas un secrétariat au Tricot ? (Charles de Gaulle)

Dans  « Anthologie regrettable du machisme en politique », elle retrace l’histoire de la place des femmes politiques sous la Vème République. Que l’on soit d’accord ou non avec les idées de Rama Yade, il faut lui reconnaître la qualité d’avoir voulu, en tant que femme politique, soulever un point qui reste délicat dans son domaine, le machisme. Alors qu’on croyait le fossé entre les inégalités homme-femme se réduire, il est navrant de constater que les hautes sphères du pouvoir sont toujours représentatives d’une société patriarcale où la misogynie est plus ou moins assumée. A travers cet ouvrage, nous découvrons le combat de ces femmes qui tentent de s’imposer en politique malgré les critiques et des comportements odieux. De Simone Veil à Christine Boutin, elles ont toutes subi des critiques inacceptables et grossières voire des gestes paternalistes. Pourtant, comme Rama Yade aime le rappeler, ces hommes sont « fils de mères, maris de femmes et pères de filles ».

Pour son ouvrage, l’auteure s’est appuyée sur des reportages publiés dans la presse ainsi que des documentaires. Le livre est à la fois sociologique, historique et biographique. Chapitre par chapitre, il brosse la place des femmes politiques de chaque gouvernement et la lutte pour l’égalité des sexes. Rama Yade aborde des lois importantes comme la loi parité homme-femme du 6 juin 2000 qui pénalise les partis qui ne présentent pas à chiffre égal des hommes et des femmes dans leur liste électorale. Pour elle, « la parité est indissociable de la question démocratique ». La vision de l’auteure reste subjective puisqu’elle salue certaines lois tout en les critiquant, affirmant que des efforts sont encore à attendre de la part des pouvoirs publics. Bien qu’elle dénonce un système patriarcal et sexiste, Rama Yade ne se pose pas ici en féministe.

« Elle a un beau cul quand elle est en colère »
(adressé à Michèle Barzac, ancienne ministre et députée)

Les femmes politiques essuient des remarques abjectes de la part de leurs confrères. L’ancienne Secrétaire d’Etat raconte comment les plaintes ont commencé par le cas de Dominique Voynet, Ministre de l’Aménagement du territoire et de l’Environnement sous le gouvernement de Lionel Jospin, qui a été caricaturée sous l’image d’une poupée gonflable lors d’un événement. C’est ainsi qu’en 1999 naît le mouvement « Les chiennes de garde », qui souhaite lutter contre les violences sexistes dans l’espace public. Seize ans plus tard, les réflexions n’ont pas cessé, preuve en est avec deux affaires scandaleuses, celle de Marisol Touraine, assimilée à une« MST » dans un tweet du député UMP Arnaud Robinet et le tweet du député Hugues Foucault qui dit de Najat Vallaud-Belkacem « #NVB suce son stylo très érotiquement ».

Vient un tournant en politique, la présence de Ségolène Royal au second tour des élections présidentielles de 2007. Bien que, depuis les années 1970, de nombreuses femmes aient tenté d’accéder à la présidence comme Christiane  Taubira, Dominique Voynet, Christine Boutin ou Arlette Laguiller (quatre fois depuis 1973), la semi-réussite de Royal est un moment que Rama Yade n’hésite pas à qualifier d’historique. Pourtant, les critiques fusent et on appelle Royal tantôt « mémère » tantôt « blanche-neige ». Sa voix et son allure, comme celles de nombreuses autres femmes politiques, sont moquées. C’est ce que dénote l’auteure en expliquant que du « chignon sévère » de Simone Veil à la « robe à fleurs » de Cécile Duflot, les choix vestimentaires sont sources de moqueries. Durant la campagne présidentielle de 2007, Jean-Luc Mélanchon parle de la candidature de Ségolène Royal en disant que « ce n’est pas un concours de beauté » et Laurent Fabius rétorque « Qui va garder les enfants ? ». De telles aberrations auraient-elles été formulées à l’égard d’un homme ?

« Toutes les femmes qui veulent avoir l’investiture doivent être baisables »
(Charles Pasqua, ancien ministre et député)

Puis, le livre prend une tournure plus subjective et personnelle avec son entrée au gouvernement sous la présidence de Nicolas Sarkozy. Elle ferait partie d’une nouvelle génération de politiques avec Rachida Dati et Valérie Pécresse. Les médias donnent des surnoms à Rama Yade qui serait « la Naomie Campbell du gouvernement » ou encore « la perle noire de Sarko ». Sa place au gouvernement est sans arrêt mise en doute et on s’applique à la catégoriser afin qu’elle puisse représenter la France noire et musulmane. Rachida Dati, Fadela Amara et Rama Yade seraient représentatives de la diversité française, étiquette que médias et politiques aiment coller à leur image. Son livre se conclut sur les critiques sexistes que connaissent également les femmes journalistes qui interrogent les politiques et sur les Premières dames des huit présidents français.

Certes, « Anthologie regrettable du machisme politique » n’est peut-être pas le livre de l’année. Néanmoins, il reste intéressant et nous apprenons de nombreuses anecdotes sur la vie politique et les gouvernements français. Si nous faisons abstraction de la subjectivité de l’auteure, nous saluons le travail de Rama Yade à historiciser la place des femmes politiques depuis la création de la Vème République mais également son courage à dénoncer, en tant que femme politique, le machisme qui règne dans son milieu.

Lilas-Apollonia FOURNIER

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