Interview : Allah-Las, groupe de rock californien formidable

Allah-Las au Cabaret Sauvage / Lilas-Apollonia Fournier

Allah-Las au Cabaret Sauvage / Lilas-Apollonia Fournier

Quelques heures avant que le concert d’Allah-Las au Cabaret Sauvage (Paris) ne commence, j’ai rendez-vous pour une interview exclusive avec le groupe de Los Angeles. Miles Michaud, chanteur et guitariste, et Spencer Dunham, bassiste, répondent à mes interrogations quant à leur nouveau disque « Calico Review ». Sorti en septembre dernier sur le label Mexican Summer, cet album de douze titres donne envie de voyager. A Paris, le groupe interprète ses nouvelles chansons avec calme et décontraction, de « Satisfed » à « High & Dry » en passant par « Famous Phone Figure », « Could Be You » et « Warmed Kippers ». Le public est ravi de se trémousser sur les bons vieux morceaux du groupe tels que « Busman’s Holiday » et « Catamaran » . Rencontre avec deux génies du rock westcoast…

Quelles histoires avez-vous voulu raconter dans votre nouvel album « Calico Review » ?

Miles : On a enregistré des démos et on a beaucoup pensé à la production. On avait chacun des idées de chansons qu’on voulait faire pour cet album. On désirait mixer les morceaux tous ensemble pour créer une unité. On aborde différents sujets mais je ne pense pas qu’il y ait un thème principal ou un concept derrière tout ça. Je pense qu’ils représentent nos sentiments à l’époque où nous les avons écrits.

Pourquoi avoir appelé votre album Calico Review ?

Miles : Et bien, tu sais, calico (« Calicot » en français) est la robe des chats tricolores, une fourrure blanche, orange et noire. Cela représente le disque qui est composé de parties différentes mais complémentaires, engendrant une seule et même chose. Calico est aussi une ville fantôme en Californie. On hésitait entre plusieurs noms et celui-là est resté.

Allah-Las au Cabaret Sauvage / Lilas-Apollonia Fournier

Allah-Las au Cabaret Sauvage / Lilas-Apollonia Fournier

Et vous êtes-vous déjà rendus à Calico ?

Miles : Oui, lors de notre dernière tournée nous y sommes passés. C’est tout petit, vieux, très touristique.

Spencer : C’est au milieu de nulle part, c’est abandonné et minuscule.

Pourquoi avoir choisi d’enregistrer votre album dans le studio mythique Valentine Recording Studio à Los Angeles ?

Spencer : Ca a un peu été une décision de dernière minute. C’est un lieu unique. L’un de nos amis fait partie des personnes qui ont ré-ouvert le lieu l’année dernière. Cela ne faisait que six mois que ça avait ré-ouvert et, quand on l’a visité, on s’est dit que c’était un lieux très sympa avec une belle histoire. On a essayé d’enregistrer pour voir ce que ça donnait et on a décidé de produire le reste là-bas.

Qu’est-ce qui a changé entre la sortie de votre dernier album et celui-ci ?

Miles : On voit les choses différemment et on écoute des musiques différentes. On a changé notre approche de faire de la musique. Notre premier album est constitué de chansons qu’on a principalement jouées en concert. Quand on est allés en studio, on les a jouées exactement de la même façon qu’en live. Notre approche à changer dans notre façon d’écrire et d’enregistrer « Calico Review ». On n’a pas beaucoup joué les chansons en live avant d’aller en studio. Il y a aussi plus de voix dans ce nouveau disque. De toute façon, quand on était en tournée, on n’avait pas vraiment le temps de jouer ces nouveaux titres en concert ni même de les écrire. On notait quelques idées mais on ne bossait pas vraiment dessus. On a eu le temps de les composer quand la tournée s’est terminée et qu’il était temps de faire un nouveau disque. Ce soir, on va jouer les chansons différemment de ce qu’elles sont sur l’opus. On veut être à l’aise et sentir quand c’est le moment de les jouer. Finalement, les choses changent tout le temps. Je pense qu’on continue de changer, comme on l’a toujours fait.

Allah-Las au Cabaret Sauvage / Lilas-Apollonia Fournier

Allah-Las au Cabaret Sauvage / Lilas-Apollonia Fournier

Quand vous avez composé « Calico Review », aviez-vous les Kinks, les Beatles, les Velvet Underground ou les Beach Boys en tête ?

Spencer : Oui on adore tous ces groupes qu’on écoute depuis le lycée. C’est une grande inspiration.

Miles : On avait tous ces trucs en tête. On pensait aussi aux chansons qu’on écoutait à l’époque où on a composé nos morceaux et c’est sorti d’une façon différente. Quand on était au lycée, on s’est rendus compte que ce genre de musique était inventif, innovant et intéressant. Depuis ce moment-là, on a essayé de creuser dans l’histoire de la musique.

L’album est-il donc un hommage aux années 1960 et 1970 ?

Spencer : Hmm… Je ne dirais pas ça. Parmi tous nos albums, je pense que c’est celui qui correspond le moins à ces décennies. Il ressemble davantage à ce que nous sommes et ce que nous écoutions pendant l’écriture de l’album. La musique des années 60-70 permet aux gens de se changer les idées et nos premiers disques s’inspirent de ces sonorités. Même si le studio et les guitares pour « Calico Review » sont vieux, ce qu’on a créé est nouveau. On a essayé de produire une musique différente du style garage-rock. Certes, on a utilisé des vieux claviers mais notre but n’était pas que tout provienne des sixties. Certains instruments sont plus récent, des années 90 ou vieux de deux ans.

Votre clip « Could Be You » a été filmé dans votre ville, Los Angeles. Ce lieu vous inspire-t-il dans votre façon de produire des morceaux ?

Miles : On a tous grandi là-bas et on y vit toujours. Je pense que la ville fait partie de nous, qu’on ne peut y échapper et qu’elle ressurgit parfois dans notre façon de faire les choses. En termes d’inspiration, Los Angeles est certainement importante. Les gens qui écoutent notre musique décèlent cette inspiration davantage que nous, membres du groupe. S’ils y voient un peu de Los Angeles, du westcoast, je suis sûr qu’ils ont raison.  Cependant, ce n’est pas quelque chose que nous essayons de créer exprès.

Pouvez-vous me parler du clip « Famous Phone Figure » ?

Spencer : Notre ami Robbie Simon a réalisé cette vidéo, il a pas mal travaillé pour le groupe. La vidéo est en noir et blanc, j’aime bien les contrastes qu’il a réussi à créer.

Quel morceau de « Calico Review » préférez-vous jouer en live ?

Miles : J’aime jouer tous les morceaux. C’est surtout cool de se concentrer sur les nouvelles chansons pour les réinterpréter différemment à chaque fois.

Spencer : « Warmed Kippers » est très sympa à interpréter sur scène parce qu’il y des reverbes. Parfois, quand tu écoutes un disque, si tu ne l’écoutes pas assez fort, tu n’entends pas toutes les particularités des morceaux. C’est de cette façon que le hip-hop est produit. Il y a une musique de fond qu’il faut écouter à un volume élevé pour déceler toutes les sonorités. C’est de cette façon qu’a été pensé « Warmed Kippers » avec une forte dynamique sonore.

« 200 South La Bria » est dansante. De quoi parle cette chanson ?

Miles (enjoué) : C’est le morceau de Spencer !

Spencer : C’est l’adresse d’une agence de castings à Los Angeles. Beaucoup de gens du reste des Etats-Unis ou du monde entier qui déménagent à Los Angeles vont là-bas.

Miles : Ils essaient de réaliser leur rêve, de trouver un rôle. Il y a tout le temps des longues files d’attentes devant l’immeuble. Les gens ont un script à la main et essaient de retenir leurs répliques. C’est le Hollywood dream. Si tu fais partie de ce milieu qui veut accéder au cinéma, tu connais forcément cet endroit.

Quels sont vos projets pour les mois à venir ?

Miles et Spencer : La tournée !

Spencer : Après notre tournée européenne, on joue à Mexico pour un festival puis dans une autre ville mexicaine quelques semaines après. Après ça, on est en vacances jusqu’à la première moitié de l’année prochaine.

Merci aux membres d’Allah-Las pour avoir accepté de répondre à mes questions.

Propos recueillis et traduits par Lilas-Apollonia Fournier

 

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