Timbuktu : des faits réels à la fiction

timbuktu

Réalisé par Abderrahmane Sissako, Timbuktu est sorti le 10 décembre au cinéma. Il fait partie des films en compétition lors du Festival de Cannes 2014.

Timbuktu est la projection d’une réalité qu’a connue le Mali, entre 2012 et 2013, victime des islamistes qui imposent la charia aux habitants du pays. A travers de nombreux personnages et histoires découlent les ravages d’un groupuscule qui tente d’imposer ses lois à une culture opposée à ses valeurs. Les femmes doivent se couvrir, tête, mains et pieds, et sont mariées de force. Musique et football sont interdis.

Le réalisateur mauritanien dépeint une situation glaçante, tout droit inspirée des faits récents au Mali. Les images qu’il utilise sont symboliques, entre celles d’un plan où une gazelle se fait poursuivre à celles où des masques africains sont brisés par les tirs. A. Sissako présente une famille soudée et aimante, seule dans les dunes. Les huit vaches qui composent son troupeau ne sont que sa seule fortune. Quand l’une d’elles est tuée par un pêcheur, tout bascule pour le père de famille. Les tempêtes de sable et panoramiques sur le lac sont des temps de réflexion pour le spectateur.

Une histoire filmée avec justesse

Timbuktu filme une ville et des familles qui se meurent. Ces victimes d’une dictature sont filmées pour leur bravoure. Certains refusent l’autorité des bourreaux, quitte à subir les sanctions de la charia. Les extrémistes sont filmés de façon tout à fait neutre voire parfois grotesque, quand l’un d’eux brave les interdits qu’il impose aux habitants pour fumer en cachette, comme un adolescent peureux des représailles. On sursaute face à une scène de lapidation, puis sourit en découvrant un djihadiste qui danse seul de façon saugrenue. Il n’en reste que ce film est un drame. Il étale la cruauté et l’absurdité des règles imposées, ainsi que la résistance des habitants qui refusent les lois de la charia, ou celle d’une famille qui souhaite conserver son territoire. L’amour et le courage freinent tout changement.

Timbuktu est grave tout en adjoignant des détails qui allègent l’ambiance lourde du film. Parmi les longs-métrages en compétition lors du festival cannois, il a su se démarquer par sa justesse et sa manière de présenter les personnages. Malgré leur côté terrifiant, ils sont tous humains. La scène finale rehausse le film, lui ajoutant une finalité symbolique, où imaginaire et dure réalité ne font plus qu’un.

Lilas-Apollonia Fournier

Rendez-vous sur Hellocoton !